Alexandre Fernandez – L’économie française depuis 1945

Alexandre Fernandez - L'économie française depuis 1945

Voici le livre qui m’a été conseillé par mon professeur d’économie politique pour mes révisions, et qui à ce titre m’a énormément servi. Dans la collection « Les Fondamentaux », l’auteur, maître de conférences en Histoire contemporaine à l’université de Bordeaux III, va droit à l’essentiel en cent-cinquante pages. Publié en octobre 2001, on s’arrête donc avec la politique économique du gouvernement Jospin.

On suit la reconstruction et les conditions de vies difficiles d’après-guerre pour les Français (destructions importantes, pertes démographiques, inflation monétaire, pénurie, marché noir…) puis les importantes réformes (sécurité sociale), les nationalisations et la mise en place de la planification indicative (qui se distingue nettement de la planification soviétique). On a un également un bref aperçu de la situation économico-sociale spécifique de l’hexagone : par exemple la France fut longtemps un pays rural car dans l’esprit de la Révolution française les paysans étaient protégés par l’Etat.

On voit comment notre pays se transforme durant les « trente glorieuses », malgré certains problèmes comme le logement : exode rural et urbanisation, nombre d’ouvriers qui s’accroit (en 1975 leur nombre atteindra le maximum), même chose pour les employés alors que celui des artisans et des petits commerçants régresse. L’agriculture se métamorphose notamment par la mécanisation. Enfin un chapitre entier est consacré à l’essor de la consommation de masse.

C’est surtout la troisième partie consacrée à la crise des années 70 qui m’intéressait : elle fut d’abord une crise monétaire du fait de la fin des accords de Bretton Woods (le dollar est détaché de l’étalon-or le 15 août 1971), puis les chocs pétroliers de 1974 (du à la guerre du Kippour) et de 1979 (du à la révolution iranienne). Mais les racines sont plus anciennes et se trouvent dans l’épuisement du modèle fordiste et les limites de l’industrialisation. Le résultat : un chômage massif, désormais structurel et non conjoncturel, une inflation doublée d’une stagnation économique, phénomène connu sous le nom de « stagflation ».

Pour y remédier le gouvernement de Jacques Chirac (à cette époque jeune premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing – je reviendrai dessus) lança un vaste plan de relance en septembre 1975, « un des plus ambitieux de toute l’histoire des politiques économiques françaises » : 2,2 % du PIB est injecté dans l’économie française. La croissance reviendra en 1976 avec un taux de 4,6 % mais le chômage ne baisse pas et l’inflation s’accélère. S’ensuit cinq années d’austérité avec le gouvernement de Raymond Barre.

Quand les socialistes arrivent au pouvoir c’est à nouveau un plan de relance keynésien qui est appliqué, plus modéré que celui de Chirac  (1,1% du PIB) et plus axé sur la consommation ; parallèlement de grands groupes industriels et la plupart des banques privées sont nationalisés. La relance est un échec : comme en 1975 elle favorise surtout les importations ce qui fait que le déficit de la balance commerciale se creuse. Est-ce que si elle avait été couplée avec une politique protectionniste elle aurait réussi? Dans tous les cas les Français n’auraient sans doute pas échappé à l’inflation. L’environnement international a également joué : la France fut seule à pratiquer la relance quand les économies des pays partenaires étaient en récession.

A partir de juin 1982 et surtout en mars 1983 les socialistes se convertissent à la rigueur, après de longs débats gouvernementaux opposant ceux qui veulent demeurer dans le cadre fixé en 1981 et ceux souhaitant que la France reste dans le Système Monétaire Européen. Les mesures prises sont draconiennes : exemple de la désindexation des salaires sur les prix, que même Raymond Barre n’aurait pas osé mettre en oeuvre! Avec le gouvernement Fabius en 1984 cela va plus loin encore : les entreprises nationalisées sont soumises à des restructurations (les effectifs sont fortement réduits) et surtout les opérations financières sont dérèglementées (ce dont on peut apercevoir les effets aujourd’hui!).

Dès lors les différents gouvernements, de droite comme de gauche, mèneront une politique similaire. Jacques Chirac de retour à Matignon en 1986 (premier gouvernement de cohabitation) mène une politique de privatisations massives, tandis que le second septennat de François Mitterrand à partir de 1988 reste marqué par la lutte contre l’inflation. Ce dernier verra tout de même la création du RMI pour rendre moins insupportable le chômage et de la CSG pour financer le déficit de la Sécurité Sociale. Mais les élections législatives de 1993 furent un désastre pour les socialistes :  de nombreux électeurs de gauche sont désemparés alors que ceux du centre préfèrent voter pour de « vrai libéraux ».

Avec le gouvernement Balladur (1993-1995, deuxième cohabitation), nouveau paradoxe : le déficit public explose (ce qui étonne pour un gouvernement de droite) ce qui n’empêche pas le chômage de poursuivre sa progression. Mais il est vrai que la conjoncture était très mauvaise. Avec l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la république en 1995 c’est un retour à la rigueur qui est pris avec le plan Juppé (provoquant un mouvement social de grande ampleur : encore un paradoxe vu que Jacques Chirac avait fait campagne sur la « fracture sociale »). Puis le gouvernement Jospin mènera une politique sociale (35 heures, emploi-jeunes) profitant d’un contexte international favorable. Je suis déçu que l’auteur n’ait pas noté que la reprise des privatisations massives en 1993 fut poursuivie sous Lionel Jospin (détenant le record du gouvernement ayant le plus privatisé!).

Un neuvième et dernier chapitre traite des réussites et des difficultés de la France dans une économie mondialisée. Comment juger dix ans après, sachant qu’en 2002 la monnaie unique est entrée en vigueur? La crise financière de septembre 2008 a fait voler en éclat les critères de convergence du traité de Maastricht, devenus impossibles à respecter. Le chômage structurel a persisté et finalement a dépassé la barre des 10%. La dette publique a explosé. L’avenir parait bien sombre, surtout quand on voit que ce phénomène affecte l’ensemble de l’Europe.

Reste que le livre est très bien fait : il énonce les faits de manière claire, n’accable ni la gauche ni la droite. En fait on voit bien que la construction européenne a dicté les politiques économiques de tous les gouvernements depuis trente ans. A moins que ce soit tout simplement les limites de la mondialisation qui sont désormais perceptibles? Ou mieux : celles de la croissance économique? Peut être devrait-on suivre les conseils de John Maynard Keynes?

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