Jean-Paul Brunet – Histoire du Front populaire

Jean-Paul Brunet - Histoire du Front populaire

J’avais vu ce Que sais-je? à l’exposition sur le Front populaire à Montpellier. Le nom de l’auteur ne m’était pas inconnu vu qu’il avait publié un livre sur le 17 octobre 1961 (probablement la meilleure étude sur le sujet). J’y ai donc jeté un oeil par curiosité.

Le lecteur a droit à une synthèse honnête et complète. On commence par un rappel du contexte et de la crise politico-économique des années 30. D’ailleurs la manifestation du 6 février 1934 a fait tomber dans l’oubli une autre manifestation, également très durement réprimée : celle du 9 février de la même année par des manifestants communistes se soldant par neuf morts.

Se met en place le « Rassemblement populaire » et un programme commun entre socialistes, communistes et radicaux. On note que les congés payés et la semaine de 40 heures n’en faisaient pas partie, seule une réduction de la semaine de travail est mentionnée. On retrace ensuite la campagne électorale, précédée par une violente agression contre Léon Blum par des membres de l’Action française, le 13 février 1936 : rarement un homme politique fut autant haï et insulté. Au niveau de la campagne l’auteur constate que les forces de droite n’avaient pas de solution de rechange à proposer (du fait de l’échec des gouvernements précédents), se contentant de jouer sur la peur.

La victoire du Front populaire est suivie par un vaste mouvement de grève en juin qui a largement débordé les syndicats, signe d’une frustration accumulée pendant des années. Les grévistes ont reçu des soutiens inattendus (le colonel de la Rocque, l’Union nationale des combattants, le cardinal-archevêque de Paris, l’archevêque de Toulouse) et ont eu la sympathie de nombreuses couches de la population, y compris parmi les petits commerçants. Toutefois le mouvement a suscité des inquiétudes au sein de classes moyennes.

Je ne vais pas détailler la suite étant donné que les grandes lignes de cette histoire sont connues. Je rajouterai simplement quelques précisions : les départs en vacance ont surtout concerné la région parisienne (des sacs entiers de cartes postales arrivaient au journal Le Populaire et à la présidence du conseil : « Merci Blum! ») et ne peuvent pas être généralisés à toute la France ; les difficultés économiques et les effets négatifs de la semaine de 40 heures ; la persistance de conflits sociaux malgré les accords de Matignon de juin 1936 ; la fusillade de Clichy du 16 mars 1937 ; les efforts de réarmement bien réels, en citant Robert Frank : « le Front populaire a plus fait pour les canons que pour le beurre » ; la guerre d’Espagne et les déchirements de Blum, empêché d’intervenir directement à la fois par une partie de l’opinion française, par les membres de son gouvernement (radicaux surtout) et la diplomatie britannique (le Royaume-Uni était alors dirigé par les conservateurs) – je reviendrai dessus dans le prochain billet* ; l’impact de cette période sur la culture.

L’historien note dans la conclusion (deux pages) que si le Front populaire s’est achevé dans la déception, c’est surtout qu’une « coalition aussi hétéroclite scellée dans l’opposition ne pouvait résister longtemps au choc du pouvoir », qu’il fut « victime de la conjoncture » et que « la marge de manoeuvre de Léon Blum était donc extrêmement étroite ». Toutefois le Front populaire est devenu un mythe pour la Gauche.

Un livre très instructif et impartial, n’hésitant pas à exposer les erreurs du gouvernement. A titre personnel j’ai également appris que le poing levé était un signe de ralliement antifasciste (et non un symbole communiste) et que les trois flèches, devenues l’emblème de la SFIO, avaient été conçues en Allemagne pour barrer les croix gammées sur les murs.

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*A ce propos, une ombre au tableau : le coup d’Etat du 17 juillet 1936 en Espagne n’est pas à l’initiative de Franco (ce que moi-même j’ai longtemps cru) ; le principal instigateur est le général Emilio Mola. Franco ne s’imposera dans le camp « nationaliste » que par la suite.

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