Jacques Sapir – La démondialisation

Jacques Sapir - La démondialisation

J’avais entendu le mot « démondialisation » pour la première fois grâce à Arnaud Montebourg. Par curiosité j’ai donc parcouru cet essai de Jacques Sapir, démontrant tous les dégâts de la globalisation financière et marchande : pression à la baisse sur les salaires, stress au travail, chômage, accroissement des inégalités, affaiblissement de l’économie réelle, remise en cause des acquis sociaux… Sans parler des conséquences désastreuses sur l’environnement!

L’auteur commence par décrypter l’illusion statistique dans les chiffres du Produit Intérieur Brut, qui cachent souvent des réalités beaucoup moins glorieuses. Il montre que la majorité des pays en voie de développement sont perdants dans la mondialisation et que les véritables gagnants comme la Chine sont très peu nombreux. Que pour qu’un pays se redresse économiquement il vaut mieux mener une politique nationale et ne pas suivre les instructions du FMI  (ou d’autres institutions comme l’OMC) : tel est le cas de la Russie après la crise financière de 1998.

Il rend hommage à Keynes qui espérait un système monétaire international plus équitable et surtout plus intelligent, notamment avec la tentative de mettre en place un étalon monétaire international, le bancor. Durant les dernières décennies les Etats-Unis ont littéralement triché avec le dollar, servant de monnaie de réserve mondiale. A ce propos ils sont plusieurs fois entrés en conflit avec la France.

Jacques Sapir insiste également sur la nécessité d’une politique monétaire nationale, indépendante et d’un protectionnisme adéquat. Le modèle français est défendu (le taux d’épargne des Français est élevé) par rapport à ceux qui citent sans cesse les pays étrangers, qui n’ont pas forcément une économie comparable à la France. Face à toute cette immonde propagande libérale (qu’on peut notamment entendre dans les débats de « C dans l’air » par exemple) ça fait plaisir! Enfin l’économiste est très critique contre le modèle allemand basé sur les exportations : non seulement cette politique du « cavalier solitaire » se fait au dépens des autres membres de l’Union Européenne, mais en plus cela ne rend pas forcément service aux Allemands!

Hostile à la monnaie unique, l’euro, (auquel il préfère le principe de monnaie commune, qui laisserait aux Etats une monnaie nationale), qu’il estime condamné, et à la direction prise par la construction européenne, il prévoit également la fin de ce système « d’étalon-dollar ». Il est vrai que la gigantesque dette publique des Etats-Unis va sérieusement remettre en cause la suprématie monétaire américaine. Toutefois je reste dubitatif quant aux solutions proposées qui me paraissent beaucoup trop radicales : ainsi il cite dans les dernières pages l’article 16 de la constitution! Je ne parle de la déstabilisation totale qu’entraînerait la politique qu’il préconise (ce ne serait rien d’autre qu’une guerre économique!).

Enfin je suis déçu qu’il reste bloqué dans le dogme de la croissance économique. Pour diverses raisons l’expression « croissance verte » me semble de plus en plus être un oxymore… Un état stationnaire serait amplement suffisant à mes yeux.

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