Maurice Joly – Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu

Maurice Joly - Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu

J’avais lu ce pamphlet contre Napoléon III il y a quelques années car un documentaire sur Arte avait attiré mon attention : le célèbre faux antisémite « Les protocoles des Sages de Sion » qui avait rencontré un immense (et tragique, vu qu’il inspira les nazis…) succès au XXème siècle n’était rien d’autre qu’un vulgaire plagiat de cette oeuvre de Maurice Joly, intellectuel républicain persécuté sous le Second empire. Plagiat étonnant : les deux sujets n’ont rien en commun!

Ce livre est une véritable perle. Je craignais que les dialogues rendent la lecture pénible et ennuyeuse mais je l’ai littéralement dévoré! Machiavel, symbole du cynisme en politique, se met à la place de l’Empereur et raconte comment la France a été mise en coupe réglée, sans jamais citer le nom du pays en question ni Louis-Napoléon Bonaparte. Montesquieu, symbole du droit et de la liberté politique, n’est pas au courant de la mise en place du Second empire (il ne connait les évènements de France uniquement jusqu’en 1848).

Le lecteur est plongé dans ce texte fascinant et décrypte comment un régime autoritaire peut s’installer par la manipulation. Sur de nombreux aspects il n’a pas du tout vieilli et reste largement d’actualité : exemples de l’attitude qui consiste pour un homme au pouvoir de paraitre sans arrêt en activités, de la fabrication d’une  fausse opposition, de la division de la population…

Certains passages sont particulièrement savoureux, comme celui-ci dans le douzième dialogue : « Chez les peuples méridionaux, il faut que les gouvernements paraissent sans cesse occupés ; les masses consentent à être inactives, mais à une condition, c’est que ceux qui les gouvernent leur donnent le spectacle d’une activité incessante, d’une sorte de fièvre ; qu’ils attirent constamment leurs yeux par des nouveautés, par des surprises, par des coups de théâtre ; cela est bizarre peut-être, mais, encore une fois, cela est. »

Publié en 1864 en Belgique, il a été augmenté d’un épilogue en 1870 (peu avant la guerre franco-prussienne) où Montesquieu se réjouit que Napoléon III ait été obligé de faire des concessions aux forces républicaines alors que Machiavel énumère toutes les armes constitutionnelles dont dispose encore l’Empereur. Il faut savoir que les élections de 1869 furent un revers (relatif cela dit) pour le régime.

Un point étonnant dans la biographie de Maurice Joly : étant donné le discours qu’il tient contre Napoléon III à travers Montesquieu, on se serait attendu à un positionnement libéral. Mais on apprend qu’il se rangea du côté de la Commune et qu’il sera très déçu de la IIIème République.

Pour ceux qui ont le courage de lire sur ordinateur, le texte est disponible ici (sans l’épilogue néanmoins) : http://fr.wikisource.org/wiki/Dialogue_aux_enfers_entre_Machiavel_et_Montesquieu

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