Jean-Jacques Jordi – Un silence d’Etat

Jean-Jacques Jordi - Un silence d'Etat Écrire scientifiquement sur les Disparus civils européens pendant la guerre d’Algérie, c’est lever le dernier tabou de la guerre d’Algérie. C’est dire ce que nous ne voulons pas entendre depuis près d’un demi-siècle : il y a eu beaucoup plus d’Européens enlevés et dont nous n’avons aujourd’hui aucune « trace » après les Accords d’Évian et après l’indépendance de l’Algérie qu’en « pleine guerre » ! C’est dire aussi que le FLN (Front de libération nationale) et l’ALN (Armée de libération nationale) ont été les principaux acteurs de ces « disparitions » et qu’à aucun moment, leurs dirigeants n’ont désavoué ces pratiques. Le but de faire partir les Français d’Algérie fut finalement atteint par la terreur instituée par le FLN. C’est dire enfin que le gouvernement français était parfaitement au courant des exactions perpétrées contre ses ressortissants sans intervenir autrement que par de vaines protestations. Par cette étude, le manichéisme issu de la guerre d’Algérie, entre les « bons » d’un côté et les «mauvais » de l’autre, n’a plus cours. L’analyse de cet ouvrage permet de redonner une histoire à des personnes, à des familles qui en étaient privées. Approcher cette histoire était toute l’ambition de cette recherche novatrice.

Travailler sur un sujet délicat et douloureux de manière scientifique n’était pas forcément évident, mais Jean-Jacques Jordi l’a fait : « Un silence d’Etat » est un véritable livre d’historien. Pas de manichéisme : la violence extrême de l’OAS durant cette période n’est pas oubliée. De plus il explique bien que des mensonges sont souvent répandus et qu’il est parfois difficile de distinguer le vrai du faux.

Les atrocités décrites sont difficiles à croire, elle sont pourtant confirmées par d’innombrables témoignages et archives. Les massacres commis contre les harkis après le 19 mars 1962 sont connus depuis longtemps, que des faits similaires se déroulent contre des civils européens n’a donc rien d’étonnant en soi.

Le chapitre sur le massacre d’Oran apporte un nouvel éclairage : l’auteur ne se contente pas du 5 juillet 1962 mais étudie l’ensemble de la période du 26 juin au 10 juillet (ce qui semble appuyer la thèse d’un complot dans le déclenchement du massacre). Toutefois j’ai un doute sur le bilan donné à la fin (700 morts) : s’agit-il de la seule journée du 5 juillet à Oran ou de toute la période étudiée sur la région? Ce n’est pas précisé.

Il est regrettable qu’aujourd’hui certains refusent toujours de reconnaître la douleur de ces familles. Il serait intéressant que le gouvernement algérien s’exprime sur le sujet. Sur la répression de la manifestation du 17 octobre 1961, le gouvernement Jospin avait commandité le rapport Mandelkern, pourquoi ne ferait-il pas l’équivalent? Mis à part Hocine Aït-Ahmed, prestigieux cadre du FLN puis opposant au régime en place, on n’a pas entendu grand monde sur la tragédie des Français d’Algérie en 1962…

Concernant une déclaration de Houari Boumédiène qui circule sur internet, affirmant, durant les années 70, détenir encore des civils français en otage, j’ai pu interroger Jean-Jacques Jordi après une de ses conférences : il a été catégorique, c’est un faux.

————-

Pour aller plus loin :

Le compte-rendu du professeur Pervillé.

-Le documentaire de Claire Feinstein « Les disparus, histoire d’un silence d’Etat » tiré du livre, que je conseille fortement même si le contenu est très dur.

-Une conférence de Jean-Jacques Jordi en trois parties, disponible sur Youtube.

Article modifié le 22/02/2015

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2 commentaires pour Jean-Jacques Jordi – Un silence d’Etat

  1. LOUANCHI dit :

    HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE :
    lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
    En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l’époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l’Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l’ isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd’hui se décide à parler.

    35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.

    Sur radio-alpes.net – Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) – Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone…émotions et voile de censure levé ! Les Accords d’Evian n’effacent pas le passé, mais l’avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

    Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

  2. PASSAGES DU LIVRE DE JORDI SILENCE D’ETAT SUR LE 5 JUILLET 62
    QUI CONTRAIREMENT AUX DIRES DE J MONNERET
    PEUVENT PRESUMER DE LA THESE DU COMPLOT ETUDIEE
    DE MANIERE PLUS POUSEE PAR D’AUTRES CHECHEURS

    CITATIONS » Il n’est pas question ici de retracer l’histoire des derniers mois de « l’Oranie française » mais de voir comment le « problème » des enlèvements et des disparus est
    directement intégré dans la politique de terreur qui se développe en Oranie et à Oran spécifiquement. Il est vrai que le 5 juillet à Oran est la journée la plus tragique
    concernant les disparitions d’Européens, et de toute la guerre d’Algérie, mais elle n’est pas le tonnerre qui éclaterait dans un ciel sans nuage. Le 5 juillet est une suite
    logique ORGANISEE et PREMEDITEE par l’ALN stationnée sur la frontière algéro-marocaine et par les dirigeants de la wilaya 5…………
    Ben Bella déclare même au roi Idriss qu’il avait l’appui de la majorité des chefs de Wilayas et de Il s’agit donc pour l’EMG et Boumedienne de discréditer le pouvoir civil du
    GPRA en montrant qu’il n’était pas capable de maintenir l’ordre et la sécurité en Algérie et
    fallait un EVENEMENT DE GRANDE AMPLEUR. Bakhti, fidèle de Boumedienne, est l’instrument de cette politique sur Oran . Saad Dalhab, Ministre des Affaires étrangères
    du GPRA,
    s’en était d’ailleurs inquiété auprès de Louis Joxe et l’en avait informé lors de leur rencontre le 14 juin 1962, sans que cela fasse écho du côté français !………
    A l’approche de l’indépendance, Bakhti est le seul vrai maître à Oran. Il sait que les forces françaises sont importantes, qu’elles sont passées de 8 500 hommes à
    de 12 000 en mars pour atteindre 18 000 hommes en juin 1962………….
    Enfin, l’examen des dossiers administratifs personnels du Service central des rapatriés et des différentes archives me donne un chiffre de 355 personnes disparues et
    326 personnes décédées -dont les décès ont été constatés- (soit 681 personnes) du 26 juin au 10 juillet 1962 sur le grand Oran soit, à quelques unités près l’évaluation
    Jean-Marie Huille. Nous pouvons donc affirmer, et en tenant compte des cas dits incertains, que les journées tragiques d’Oran ont fait quelque 700 morts européens
    (décédés et disparus) auxquels il fait rajouter une centaine de morts musulmans.
    Le lieutenant JP Chevennement attaché au consul Herly signalait 800 disparus ………
    Pour les organisateurs de ce « 5 juillet », les buts furent atteints. D’un côté, bien qu’acclamés à Alger, Ben Khedda et le GPRA n’en étaient pas moins discrédités par
    événements. Commençait alors une anarchie, une véritable absence de pouvoir, qui allait durer pendant tout l’été 1962 jusqu’à ce que Ben Bella se voit attribuer le pouvoir
    septembre avec l’appui de l’ALN de Boumedienne (qui prend le ministère de la Défense). De l’autre, les Français d’Algérie qui avaient cru en la possibilité de rester sur
    terre natale, prolongeaient l’exode commencé en avril 1962. D’Oran, partirent des milliers et des milliers de Français sans espoir de retour, ce qui était aussi le BUT  » FIN CITATION JORDI

    Provocation du 5 Juillet
    ORAN 5 juilleyt 62 Certains historiens disent « origine des coups de feu inconnue » laissant planer un doute sans donner tous les éléments pour juger. Coups de feu initiaux vers 11 h 15 place karghenta et boulevard Joffre sur le défilé FLN structuré qui venait de « la ville nouvelle » on en est pratiquement sûr par divers témoignages tant algériens que PN et militaires ( Cdt du service social des armées et sa secrétaire placés sur la terrasse de leur villa Boulevard Joffre « venant d »un grand immeuble situe plus haut film Pathé ) Capitaine Gaston cité par le Général Katz a vu des tirs venant de la maison de l’agriculture place Karghenta témoignages d’ATO touchés et scouts musulmans ainsi Katz conclut donc sans preuves à des « desperados OAS ».
    C’est ce que les meneurs de l’émeute crient en bas « C’est l’OAS » Mais il faut dire que pas un seul tireur européen na été trouvé autour de ces immeubles cernés par les miliciens FLN en armes qui ont envahi les étages et fouillent partout et quoi de plus ressemblant dans la confusion totale à un musulman armé qu’un autre musulman armé qui fait semblant de chercher aussi ! Personne ne pouvait supputer le tir des uns sur les autres ! Et pas beaucoup n’étaient au courant
    des divergences Oujda GPRA même nos services ont mis le temps à le comprendre voir dans mes archives le document classifié du 2èm bureau d’Oran qui vient de découvrir 15 jours après l’OD Jour du 5 juillet de l’EMG d Oujda, qui prévoyait prémonitoirement qu »il faudra protéger la minorité européenne et que le GPRA n’était pas capable de maintenir l’ordre ni de gouverner l’Algérie!
    A mon avis les historiens en ne donnant pas tous ces éléments se réfugient dans une fausse neutralité qui nuit à la recherche de la vérité. Maintenant il ne s’agit là que de logique. Pour ma part j’ai eu coté informateurs algériens d’autres certitudes quant à la
    provocation montée par l’EMG du Maroc et même des auteurs qui sont loin d être favorables aux PN en ont convenus.VOIR NOS DERNIERES INFOS ENVOYEES SUR DEMANDE
    Pour répondre à votre question sur le nombre des victimes du 5 juillet à Oran voir notre position sur notre Blog ;avec les » non déclarés » parce que seuls à Oran (familles parties) nous dépassons le chiffre du consulat de 800
    Posté par JF Paya,

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