La guerre d’Algérie et les postures militantes, ou l’incompatibilité entre idéologie et Histoire

Cela fait quelques années que j’ai commencé à étendre mes connaissances sur la guerre d’Algérie. Plusieurs raisons à cela : d’une part parce qu’une partie de ma famille est née dans l’Oranie (mais contrairement à la majorité des pieds-noirs, elle est rentrée volontairement en métropole, plusieurs années avant l’indépendance). D’autre part parce ce conflit est à mon goût surmédiatisé et surexposé. Et surtout beaucoup trop caricaturé voire falsifié, l’exemple des massacres de Sétif/Guelma de mai 1945 en est le plus frappant.

En prenant du recul on pourrait dire que la guerre d’Algérie (ou guerre de libération/révolution algérienne, appelons ça comme on veut) est tout simplement un conflit colonial qui s’inscrit dans un certain contexte, la décolonisation, que d’autres pays ont connu : Pays-Bas avec l’Indonésie, Portugal avec l’Angola, la Guinée-Bissau et le Mozambique, Royaume-Uni avec l’insurrection des Mau Mau au Kenya… Pour moi qui suis né en 1988, la guerre d’Algérie n’est rien d’autre qu’un sujet historique. Je ne vois donc aucune raison pour laquelle on n’en parlerait pas sereinement. A ce titre de nombreux travaux rigoureux et scientifiques ont été publiés.

Or ce n’est pas l’impression que donnent une multitude de journalistes. Il y a ceux qui donnent dans l’anticolonialisme anachronique (cinquante ans après, quel courage!)… Et il y a des revues qui soutiennent la mémoire des rapatriés, comme Valeurs Actuelles. Aujourd’hui je trouve tous ces discours ridicules.

Si d’un côté je n’aime pas ceux qui donnent une lecture stalinienne à ce conflit (estimant par exemple que les victimes européennes du FLN sont des mauvaises victimes), je n’aime pas non plus ceux qui ont la posture exactement opposée. On peut ainsi citer Patrick Buisson dont le beau-livre ‘la guerre d’Algerie’ m’avait beaucoup fait rire, en traitant par exemple du 20 août 1955 sans parler de la répression qui a suivi, alors qu’elle avait fait plusieurs milliers de victimes algériennes…

Le cas de la répression du 17 octobre 1961 à Paris est intéressant à observer : il y a d’une part des journalistes très sérieux comme Edwy Plenel qui multiplient par dix le nombre de victimes, d’autre part un historien universitaire spécialiste de l’Afrique comme Bernard Lugan qui nie son existence même! Il faut savoir que ce dernier est un ancien de l’Action française qui n’a pas renié son passé (il n’hésite pas à citer Charles Maurras sur son blog…). Le bilan le plus sérieux fait état d’une trentaine de morts, comme le montrent Jean-Paul Brunet et Michel Renard. Bilan terrible si on compare aux neufs morts de la manifestation de Charonne du 8 février 1962. Mais le contexte très tendu ne doit pas être oublié et il est important de préciser que des dizaines de policiers avaient été tués lors d’attentats avant le 17 octobre 1961.

On peut étendre cette remarque à l’usage politique qui est fait du conflit. A l’extrême-gauche on utilise la guerre d’Algérie pour expliquer que le racisme, ce n’est pas bien. A l’extrême-droite pour transmettre le message exactement inverse : faire une propagande haineuse et affirmer qu’avoir accepté autant d’immigrés d’origine algérienne depuis 1962 était une erreur etc…

A titre personnel, sur mon précédent blog, j’avais eu une explosion des visites quand j’ai publié un article très critique contre le journaliste Pierre Daum du Monde diplomatique, à propos du massacre du 5 juillet 1962 à Oran. Le chroniqueur était affligeant de mauvaise foi. Oser critiquer des historiens comme Jean-Jacques Jordi et Jean Monneret sans réussir à démentir les faits qu’ils rapportent, tout en publiant dans le reportage que les accords d’Evian ont été respectés par le FLN, c’est quand même incroyable! Ce serait comme dire que l’Armée française n’a jamais employé la torture!

Pourquoi autant de mensonges et de médiatisation? En comparant avec la guerre d’Indochine, qui a été plus meurtrière (300 000 morts environ pour la guerre d’Algérie, autour de 500 000 pour l’Indochine), on ne peut être qu’étonné des différences de traitement! Il faut dire que le gouvernement vietnamien n’a pas du tout la même posture que les apparatchiks d’Algérie. Quelle raison à cela? Le motif est uniquement opportuniste : dans le contexte de la guerre civile des années 90, un besoin de légitimité de la part de la dictature algérienne se fait sentir. Aussi il y a un véritable matraquage à propos des crimes du colonialisme… L’historien Roger Vétillard avait démontré par exemple que l’exigence d’excuses à propos des massacres de Sétif s’inscrivait dans ce contexte de guerre civile.

L’influence médiatique d’Alger ne doit pas être sous-estimée. Le premier président de France Télévisions, Hervé Bourges, était un proche de Ben Bella, premier dictateur d’Algérie. Ou encore, le site Acrimed (très à gauche je le précise!) avait publié un article montrant que le journal Le Monde s’était transformé en organe de propagande!

L’enquête menée par deux journalistes indépendants, Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, m’avait également beaucoup marqué. Si leur travail n’est pas irréprochable (cf la critique que j’en avais fait plus bas), les deux auteurs dévoilaient la collusion criminelle entre les deux Etats dans les domaines politiques, médiatiques et économiques. L’assassinat en 1987 d’un opposant sur le sol français, en toute impunité, Ali Mécili, est tout de même révélateur!

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