Benjamin Stora – Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance 1962-1988

Benjamin Stora - Histoire de l'Algérie depuis l'indépendance

Cet historien très médiatique est capable du meilleur comme du pire. Grand connaisseur de l’Algérie, il tombe malheureusement souvent dans le discours militant, bien-pensant, collant comme par hasard à l’idéologie dominante. Cela est grave si cela amène à la falsification historique. Mais heureusement ici on est clairement dans le meilleur!

Sur une centaine de pages Benjamin Stora retrace ici les vingt-six premières années de l’Algérie indépendante, période où le FLN était parti unique et où trois présidents se sont succédé : Ahmed Ben Bella (1962-1965), Houari Boumediene (1965-1978) et Chadli Bendjedid (1979-1992), et montre comment l’économie et la société algérienne se sont transformées.

Ce que j’ai retenu dans l’ensemble :

-L’échec complet de Ben Bella sur les questions économiques, la tentative « d’autogestion » dans un pays non préparé se conjugue mal avec un régime autoritaire.

-La scolarisation de la population et l’analphabétisme qui a fortement reculé.

-L’ industrialisation chaotique où les erreurs de gestion semblent avoir été les mêmes qu’en URSS.

-L’exode rural et l’urbanisation de l’Algérie.

-La démographie galopante, le taux de fécondité atteignant le record de 8,1 enfants par femme en 1975!

-La révolution agraire qui a été un désastre : l’agriculture s’est effondrée.

-Le secteur des hydrocarbures qui a pris de plus en plus d’importance, au point de rendre le pays complètement dépendant. Le contre-choc pétrolier des années 80 est une des raisons principales de ses difficultés économiques ultérieures.

-L’émigration de centaines de milliers d’Algériens vers l’ancienne métropole, durant l’ensemble de la période.

-L’instrumentalisation de la religion par Boumediene, qui islamise la société pour mieux la contrôler : nombreuses constructions de mosquées, mise en place d’un islam d’Etat…

-L’écriture d’une histoire officielle mensongère, où par exemple des personnages historiques de la guerre d’indépendance (Hocine Aït-Ahmed, Mohamed Boudiaf…) ont été effacés.

-La dictature militaire : « C’est l’Etat-armée sous Houari Boumediene qui tient véritablement le parti FLN, et non le parti unique qui tient l’Etat. » Sur ce point l’Algérie se distingue donc des régimes communistes.

 

A partir des années 80 les problèmes s’accumulent :

-Le chômage massif et la crise aiguë du logement.

-La dette publique qui étrangle littéralement le pays.

-Le contre-choc pétrolier de cette décennie qui cause un énorme préjudice à l’économie algérienne.

-Et enfin, le développement considérable de la corruption sous Chadli Bendjedid.

Dans l’ensemble je l’ai beaucoup apprécié : il explique bien dans quel contexte se déclenchent les émeutes d’octobre 1988, signe annonciateur de la guerre civile des années 90.

Certains passages m’ont paru critiquables, comme sur l’assassinat de Jean Sénac par le « fanatisme religieux » alors que le ou les tueurs n’ont jamais été identifiés (le très beau film « Le soleil assassiné » laisse d’ailleurs planer le doute). De même l’expulsion des Marocains en 1975 aurait pu être signalée dans le passage consacré au conflit du Sahara occidental.

Mais cette synthèse reste tout de même excellente, je la conseille fortement.

Article légèrement retouché le 23/11/2015

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