Guy Pervillé – Atlas de la guerre d’Algérie

La guerre d’Algérie est souvent considérée d’une manière globale, comme si le pays était homogène et uniforme. L’approche géographique, en replaçant les événements dans leur contexte physique, territorial et humain, permet de dépasser cette vision.

Ainsi, les plaines, faiblement peuplées en 1830, ont été le principal terrain d’action de la colonisation française qui a réalisé leur mise en valeur, tout en accaparant la propriété de leur sol, d’où une inégale répartition de la population dite européenne à travers l’espace algérien. S’y ajoute la disproportion entre les deux populations dans différents types de villes et de campagnes. Les organisateurs de l’insurrection ont su tirer un judicieux parti des données physiques et humaines de leur pays, adapter les maquis au relief et calquer leur organisation en wilayas sur la carte ethnique de l’Algérie musulmane.

Prendre en compte ces données est indispensable à qui veut mieux comprendre le déroulement de la guerre qui a mis fin à la colonisation de l’Algérie.

Tel est le propos de cet atlas qui, avec ses 68 cartes et graphiques, présente de manière claire et synthétique les étapes de la conquête coloniale au XIXème siècle, les prémisses du conflit dès les années 1940, la guerre elle-même (1954-1962) et les déchirements provoqués par l’imminence de la décolonisation, jusqu’au accords d’Evian signés le 19 mars 1962.

S’il y a un document qui devrait être utilisé pour enseigner la guerre d’Algérie à des novices, je pense ce serait celui-là. Cet épisode est trop souvent caricaturé et déformé, la mémoire prenant le dessus sur l’Histoire. C’est en partie pour ça que je me suis procuré ce petit Atlas de la guerre d’Algérie.

Ce type de travail est essentiel car il détruit beaucoup d’idées fausses. Quelques exemples:

-L’implantation de la rébellion se faisait essentiellement dans des régions où la population européenne était peu nombreuse, car c’est là où l’injustice coloniale se faisait le plus sentir (Kabylie, Aurès et Nord-Constantinois). Un film comme « la bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo n’est pas du tout représentatif de la guerre d’Algérie.

-Les deux pages consacrées à l’insurrection/répression du Constantinois en mai 1945 (les fameux « massacres de Sétif ») nous en apprennent plus que beaucoup de discours mensongers souvent répétés. « Présentée à tort comme une ‘provocation colonialiste’, cette insurrection manquée s’explique par un décalage entre le succès de la propagande insurrectionnelle du PPA et le retard de son organisation militaire. Les nationalistes algériens en tirent la conclusion qu’ils devront soigneusement préparer leur revanche ». Il est dommage toutefois que l’historien ne donne pas le nombre de victimes, ou du moins un ordre de grandeur (un peu moins de 7000 morts selon Roger Vétillard).

-La question des harkis (ce terme désignait au départ qu’une certaine catégorie de supplétifs musulmans) est abordée : « On peut raisonnablement conclure que les nombres d’Algériens musulmans engagés dans les deux camps pendant la durée de la guerre ont été approximativement du même ordre de grandeur. »

-Le bilan humain de la guerre à la fin de l’ouvrage qui est terrible, mais qui n’est sûrement pas d’un million de morts (moins de 300 000 selon Charles-Robert Ageron et Xavier Yacono). Les associations de rapatriés ont également eu tendance à citer des chiffres extravagants.

Pour ma part j’aurais rajouté une carte montrant l’ensemble des insurrections anticoloniales qui ont sévi durant cette période (Mau Mau au Kenya, UPC au Cameroun, MPLA en Angola…) afin de mieux comprendre le contexte mondial de décolonisation, ainsi qu’une carte expliquant l’idéologie du panarabisme.

En résumé un document important pour ceux qui veulent connaître ce conflit, à la fois plaisant et pédagogique. Je précise que je n’ai décrit qu’une petite partie. Cette critique porte sur la première édition. La deuxième contient des compléments, notamment une carte montrant les zones de violence durant la guerre civile des années 90.

Le site de l’auteur : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=14

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Un commentaire pour Guy Pervillé – Atlas de la guerre d’Algérie

  1. LOUANCHI dit :

    lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
    En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l’époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l’Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l’ isolement total de la société française. Sur les
    quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd’hui se décide à parler.

    35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.

    Sur radio-alpes.net – Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) – Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone…émotions et voile de censure levé ! Les Accords d’Evian n’effacent pas le passé, mais l’avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi) Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

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