Habib Souaïdia – La sale guerre

Je m’appelle Habib Souaïdia. Je suis un ancien officier ayant appartenu aux troupes spéciales de l’armée algérienne. Engagé volontaire, en 1989, dans les rangs de l’Armée nationale populaire (ANP), j’étais loin de penser que j’allais être un des témoins de la tragédie qui a frappé mon pays. J’ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J’ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J’ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J’ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J’ai vu trop de choses. Autant d’atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là des raisons suffisantes, j’en suis convaincu, pour briser le mur du silence.

Un témoignage qui m’a beaucoup marqué, décrivant les exactions de l’Armée algérienne et du DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité, les services secrets) sur son propre peuple. Le silence des médias occidentaux sur cette dictature militaire est incroyable, alors qu’elle n’a rien à envier au Chili de Pinochet et à l’Argentine de Videla… Comme si toutes les horreurs de la « première » guerre d’Algérie se répétaient, mais cette fois avec un appareil de propagande efficace! Dans un passage d’ailleurs deux civils assimilent les militaires algériens à l’Armée française…

Janvier 1992 : les premières élections libres jamais organisées en Algérie sont interrompues par un coup d’Etat militaire. Pour discréditer le FIS, Front Islamique du Salut, parti islamiste qui a remporté les élections, les généraux putschistes lancent une guerre contre les civils : infiltration et manipulation des groupes armés, violence délibérément maintenue, terrorisme d’Etat… Le terme « éradicateurs » veut tout dire : c’est une guerre non seulement contre les combattants islamistes mais également les militants et les sympathisant qui a été menée…soit contre quelques millions d’Algériens!

Dans la préface un ancien magistrat italien compare cette terreur d’Etat à la stratégie de la tension qu’a connu l’Italie dans les années 60 et 70.

Pour aller plus loin :

Résumé du livre :
http://lectures.revues.org/8657

Un compte-rendu de 2001 de la revue Politis, avec un entretien de Pierre Vidal-Naquet :
http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=17

Une lettre ouverte de l’auteur à Mohamed Médiene, le puissant chef du DRS, les services secrets algériens :
http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&view=article&id=2446:lettre-ouverte-au-general-regnant-de-lalgerie-mohamed-mediene-l-drs-degage-r&catid=87:souaidia-habib&Itemid=36

La postface inédite de l’auteur :
http://mejliss.com/2012/01/16/inedit-preface-et-postface-de-la-nouvelle-edition-la-sale-guerre-de-habib-souaidia

Quelques extraits de la conclusion :

« Aujourd’hui, neuf ans après le début de la guerre, le bilan est effroyable : au moins 150 000 morts, des milliers de disparus, des centaines de milliers de veuves et d’orphelins, de blessés, de personnes déplacées. Et les responsables de ce drame sont toujours là. Ces responsables, ce sont les généraux à la tête de notre Armée nationale et populaire qui ont toujours violé sa devise : ‘La nation : devoir et sacrifice’. Plusieurs d’entre eux sont des ex-officiers de l’Armée française, qui n’ont déserté que durant les derniers mois de la guerre de libération. […]

Ces généraux n’ont jamais voulu ‘défendre la république’ : ils ont déclaré la guerre à tout le peuple algérien et non aux islamistes, une sale guerre pour défendre leur pouvoir et leur argent, celui du pétrole, qu’ils volent depuis des années aux Algériens et qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. […]

Ce qui me révolte aussi profondément, c’est le soutien apporté à ces assassins par les grandes puissances mondiales, et en particulier la France […]. La France les a toujours aidé discrètement, en leur vendant des armes, en formant des éléments du DRS, sans parler du blanchiment de centaines de millions de dollars détournés par les généraux avec la complicité de banques françaises (mais aussi suisses et autres). Il faut dire que les liens avec la France des généraux criminels sont nombreux et anciens. »

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